Changements réglementaires proposés au tableau de la valeur nutritive

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Santé Canada a entrepris une importante révision des règlements sur l’étiquetage alimentaire. Après avoir mené une série de consultations auprès des consommateurs canadiens dans le but d’améliorer l’information nutritionnelle que l’on retrouve sur les étiquettes des aliments, Santé Canada propose plusieurs mises à jour qui touchent le tableau de la valeur nutritive, la déclaration des ingrédients et des allergènes de même que la déclaration de certains constituants bioactifs (ex. : la caféine) ajoutés aux aliments.

À quoi s’attendre pour le tableau de la valeur nutritive?

Cet article traite des modifications proposées par Santé Canada concernant la présentation du tableau de la valeur nutritive. Les modifications réglementaires concernant les éléments dans le tableau (portion indiquée, nutriments, valeurs quotidiennes) et les modifications relatives à la déclaration des allergènes et des substances bioactives sont ou seront abordées dans des articles distincts.

La figure ci-dessous illustre un tableau de valeurs nutritives standard bilingue actuel versus le nouveau tableau préparé selon les modifications proposées. Les caractéristiques du nouveau tableau sont ensuite commentées par l’équipe de nutritionnistes et d’experts-conseils d’Étiquetage ACC.

Figure 1 – Tableau de la valeur nutritive (TVN) : Modèle actuel versus nouveau modèle proposé

 Modèle actuel
(Modèle standard bilingue 3.1)
  Modèle proposé
Current NFT format  

Proposed NFT format

Capture bio ingrédients 

Qu’en pensent les nutritionnistes d’Étiquetage ACC?

Dans l’ensemble, les changements proposés par Santé Canada semblent faciliter la compréhension du TVN par le consommateur. Le tableau proposé contient davantage de renseignements et la disposition visuelle aide à structurer l’information. L’inclusion de la déclaration de la teneur en sucres ajoutés demeure incertaine. Les nutritionnistes d’Étiquetage ACC croient que ce renseignement pourrait aider le consommateur à sélectionner des aliments contenant moins de sucres raffinés. Cependant, elles anticipent aussi la difficulté des fabricants de produits alimentaires à déterminer la teneur en sucres ajoutés des produits à ingrédients multiples.

Le tableau ci-dessous décrit les avantages et inconvénients de chaque élément de changement proposé par Santé Canada en ce qui a trait à la présentation du tableau de la valeur nutritive. L’opinion des experts d’Étiquetage ACC complète le tableau.

Figure 2  – Avantages et inconvénients des diverses caractéristiques visuelles proposées
pour le nouveau tableau de la valeur nutritive canadien

Caractéristique 

Avantages 

Inconvénients

Opinion des experts
d’Étiquetage ACC

Portion indiquée déplacée à droite

La grosseur de la portion est alignée avec le % VQ. Cela facilite le repérage de l’information.   En faveur.
Suppression du
sous-titre
« Amount/Teneur »
    En faveur puisque ces sous-titres ne sont pas nécessaires pour la compréhension des consommateurs.
Déclaration des
Calories
mise en évidence
 

Étiquetage ACC considère qu’en mettant l’accent sur les Calories, l’attention du consommateur risque d’être détournée de :

  • la portion déclarée sur la ligne précédente;
  • la valeur nutritive globale de l’aliment. Cet avis est d’ailleurs partagé par l’Ordre professionnel des diététistes du Québecc.

Par exemple, un verre de 250 ml de lait partiellement écrémé à 130 Calories est riche en éléments nutritifs comparativement à une quantité équivalente de cola à 100, voire même zéro Calories.

L’importance visuelle accordée aux Calories ne devrait pas être supérieure à l’importance accordée aux nutriments.

Regroupement
des nutriments
constituant des préoccupations de santé publique dont l’apport doit être :

  • limité en haut du TVN

et

  • suffisant en bas du TVN

Ces deux groupes de nutriments seraient séparés par un trait épais

L’ordre de déclaration est très proche de l’ordre requis dans le TVN actuel. La principale différence est l’inversion de l’ordre de déclaration des fibres et des sucres. Sans aucune indication pour expliquer la distinction entre les deux catégories de nutriments, les consommateurs pourraient ne pas comprendre que les nutriments de préoccupation de santé publique dont la consommation est à :

  • limiter sont dans la moitié supérieure du TVN;
  • encourager sont dans la moitié inférieure du TVN.
Pour faciliter la compréhension du concept de regroupement des nutriments, il serait peut-être bon d’inclure des sous-titres dans le TVN (ex. : « Modérez votre consommation de » et « Consommez suffisamment de »), tel que proposé pour le nouveau TVN aux États-Unis (voir figure 3).

Les glucides sont regroupés avec les nutriments dont la consommation devrait être limitée. Or, selon l’Institute of Medicine[1], les glucides devraient constituer de 45 % à 65 % de l’apport calorique.

Pour suivre la logique du regroupement des nutriments, on devrait déclarer la teneur en :

  • glucides avec les fibres, sous le trait épais, c’est-à-dire avec les nutriments à consommer en quantité suffisante.
  • sucres totaux séparément (ou avec les polyols, s’ils sont déclarés) sous le sodium et au-dessus du trait épais les séparant des glucides et des fibres.

De plus, si les acides gras polyinsaturés et monoinsaturés sont volontairement déclarés, ils devraient préférablement se situer dans la moitié inférieure du TVN, entre la déclaration des protéines et de la vitamine D. Si l’un ou l’autre des acides gras suivants est déclaré, ils devront tous l’être :

    • Polyinsaturés;
    • oméga-6;
    • oméga-3; and
    • monoinsaturés.
Déclaration des fibres près des autres glucides, mais séparée par un trait épais.

  • fibres avec les nutriments à combler
  • autres glucides avec les nutriments à limiter
La position des fibres dans le nouveau TVN proposé est stratégique.

  • Déclarer les fibres près des autres glucides et des sucres peut aider les personnes atteintes de diabète et soumises à une insulinothérapie à calculer aisément leur besoin en insuline.
  • Regrouper les fibres avec les nutriments à consommer en plus grande quantité, peur aider les Canadiens à réaliser qu’ils doivent consommer suffisamment de fibres.

Évidemment, le sens du regroupement devra être clair, c’est-à-dire : les nutriments à limiter dans la moitié supérieure du TVN et les nutriments à combler dans la moitié inférieure.

Ce n’est pas clair si la déclaration de la teneur en glucides inclut ou non les fibres. Comme les fibres seraient séparées des autres glucides, la réglementation devra être très claire à savoir si la teneur en fibres devrait être :

  • incluse dans la déclaration de la teneur en glucides comme actuellement au Canada et aux É.-U.

Dans ce cas, la déclaration des fibres devraient être mise en retrait, alignée avec les sucres totaux.

ou

  • exclue de la déclaration de la teneur en glucides comme actuellement en Europe.

En Europe, on ne considère que les glucides assimilables (donc pas de fibres) pour la déclaration des glucides.

Le % de la valeur quotidienne pour les glucides ne serait plus requis     En faveur, puisqu’il ne s’agit pas d’un nutriment préoccupant pour la santé publique.

% valeur quotidienne (VQ) pour les sucres totaux
basé sur une valeur proposée de 100 g de sucres par jour, soit 20 % de l’apport énergétique d’un régime alimentaire de 2 000 Calories.

(Teneur en sucres ajoutés non déclarée)

 

 

 

ou

 

Ne renseigne pas le consommateur sur la source des sucres (naturellement présents ou ajoutés). Ainsi, on ne saurait pas si les sucres dans un yogourt aux fruits, par exemple, proviennent principalement du lait et des fruits ou d’agents édulcorants.

L’affichage proposé crée de la confusion, car il n’est pas clair si le % VQ s’applique aux sucres totaux ou à l’ensemble du groupe des glucides.

La valeur quotidienne proposée de 100 g de sucres, soit 20 % de l’apport énergétique quotidien pour un régime de 2000 Cal, semble excessive.

Si la déclaration du % VQ des sucres totaux est retenue, peut-être devrait-on ne pas la mettre en caractères gras (comme les mots « Total sugars / Sucres totaux ») pour qu’il soit plus clair que le pourcentage se rapporte à cette information précise et non à l’ensemble des glucides.

La valeur quotidienne devrait préférablement correspondre à 10% de l’apport énergétique quotidien (soit 50 g pour un régime alimentaire de 2000 Calories), tel que recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé) lors d’une consultation publique en mars 2014, plutôt que 20 % (100 g de sucres).

Il faudra exiger des fabricants de produits alimentaires, à être utilisés comme ingrédient dans la fabrication d’autres produits destinés pour la vente au détail, de fournir avec précision la quantité de sucres ajoutés afin que leurs clients puissent déterminer la teneur en sucres ajoutés de leurs produits finis.

Déclaration des
sucres ajoutés sous les sucres totaux

(Le % DV pour les
sucres totaux non déclaré)

Introduit la notion de sucres naturellement présent dans l’aliment versus les sucres ajoutés.

Peut aider le consommateur à mieux prendre conscience de l’importance des sucres ajoutés aux produits qu’il consomme et peut l’aider dans la sélection de produits plus sains.

Peut inciter certains manufacturiers à reformuler leurs produits pour en réduire la teneur en sucre, permettant ainsi une meilleure offre nutritionnelle sur le marché.

Il n’est généralement pas possible de distinguer les sucres ajoutés des sucres totaux par analyse nutritionnelle en laboratoire.

Pour les analyses par base de données, il peut être difficile d’obtenir, avec précision, la teneur en sucres ajoutés de fournisseurs étrangers.

Pour certains manufacturiers, cela met en évidence un élément qui fait mauvaise figure auprès du consommateur et pourrait contribuer à réduire leurs ventes..

Une marge d’erreur de 20 % devrait suffire pour couvrir l’imprécision de la teneur en sucres ajoutés des produits contenant eux-mêmes plusieurs ingrédients.

Le terme « sucres ajoutés » devra être clairement défini, particulièrement en regard des édulcorants qui sont perçus comme étant plus naturels, comme les jus de fruits concentrés et les pâtes de fruits (sont-ils ajoutés pour la saveur fruitée ou pour édulcorer l’aliment?)

Suppression des
traits fins entre :

  • lipides totaux et
    lipides saturés
  • glucides totaux et sucres

Meilleur regroupement des catégories de nutriments; aide le consommateur à saisir que les nutriments en retrait sont des constituants des lipides ou des glucides.

Dégage le TVN, augmente les espaces vierges, améliore la lisibilité de l’information.

  En faveur.

Déclaration des

vitamines A et C

remplacée par

vitamine D et potassium

Choix de nutriment plus pertinent, puisque :

  • la consommation des vitamines A et C ne suscite pas une préoccupation de santé publique au Canada;
  • Les apports en potassium et en vitamine D semblent être insuffisants chez une proportion significative de la population canadienne [2].

Un apport suffisant (AS) en potassium (4,7 g/jour pour les adultes) devrait contribuer à abaisser la tension artérielle, réduire le risque de calculs rénaux récurrents et possiblement diminuer la perte osseuse.[3]

La vitamine D contribue à la formation de bons os et de dents saines. Considérant la prévalence d’ostéoporose au Canada, un apport insuffisant en vitamine D est une préoccupation de santé publique.[4]

Constitue une dépense supplémentaire pour les fabricants de produits alimentaires qui doivent faire réanalyser la composition nutritionnelle de leurs produits.  
Déclaration de la teneur en vitamines et minéraux en poids

Cohérent avec la déclaration des autres nutriments.

Pourrait faciliter la gestion de l’alimentation globale d’individus, particulièrement ceux qui consomment des suppléments de vitamines et de minéraux..

   
% VQ indiqué seulement pour les macronutriments à limiter
et pour les
vitamines et minéraux
  – En déclarant la teneur en fibres en grammes seulement, le consommateur n’a pas de repère pour savoir s’il en consomme suffisamment. Ceci est problématique puisque la majorité des Canadiens ne consomment pas suffisamment de fibres alimentaires. Le % VQ pour les fibres devrait être maintenu afin d’aider le consommateur à identifier les sources de fibres alimentaires.

Note au bas du TVN indiquant des pourcentages repères :

« 5% VQ ou moins c’est peu
et 15% VQ ou plus
c’est beaucoup »

Devrait grandement faciliter la compréhension des % VQ dans les TVN par le consommateur et l’aider à faire de meilleurs choix alimentaires.    
Déclaration facultative de composantes bioactives dans un encadré distinct Information d’intérêt pour le consommateur.    

En général, la présentation du tableau des valeurs nutritives selon les modifications réglementaires proposées devrait aider les consommateurs à mieux comprendre l’information nutritionnelle sur les étiquettes et les aider à faire de meilleurs choix pour leur santé.

Pour le manufacturier, ces modifications impliquent des coûts importants. En plus des coûts associés à la production de nouvelles étiquettes, s’ajoute le coût de refaire analyser tous leurs produits afin d’en connaître la teneur en vitamine D et en potassium. De plus, les entreprises canadiennes qui exportent aux États-Unis devront aussi prévoir à leur budget les dépenses reliées à la modification de leurs étiquettes américaines, lesquelles sont aussi appelées à changer.

En effet, le gouvernement américain revoit aussi la présentation de son tableau de valeurs nutritives. On remarque certaines similitudes entre les modifications proposées au Canada et aux États-Unis. Du point de vue de la disposition des éléments, on observe que la déclaration de la portion serait déplacée du côté droit du tableau aux États-Unis comme au Canada. Les autres éléments de similitude concernent surtout le contenu du tableau, soit :

  • l’ajout des teneurs en sucres ajoutés, en vitamine D et en potassium;
  • le retrait des teneurs en vitamines A et C

Par contre, l’aspect visuel du nouveau tableau de la valeur nutritive proposé aux États-Unis diffère considérablement du tableau américain actuel et du TVN proposé au Canada. Si les modifications proposées sont retenues, on observera que :

  • le nombre de portions par contenant demeure non seulement obligatoire aux É.-U., mais cette information devra désormais apparaître en plus gros caractères.
  • le teneur calorique affichée sera aussi en gros caractères, mais beaucoup plus gros qu’au Canada.
  • le pourcentage de la valeur quotidienne serait affiché à la gauche du nom du nutriment plutôt qu’à la droite comme au Canada, et il y aurait un trait fin séparant les pourcentages des noms des nutriments.
  • il y aurait un trait fin entre chaque nutriment, contrairement au Canada où l’on propose d’éliminer les lignes entre les gras totaux et les gras saturés et trans, et entre les glucides totaux et les sucres.
  • il n’y aurait pas de note explicative comme celle au Canada pour donner des repères clarifiant le pourcentage de la valeur quotidienne (ex. : 5% VQ ou moins c’est peu; 15% VQ ou plus c’est beaucoup).
  • dans le second TVN proposé, des sous-titres (Quick Facts / Aperçu général; Avoid Too Much / Évitez trop de; Get enough / Consommez suffisamment de) clarifient le regroupement des nutriments.

Figure 3 – Exemples du tableau de la valeur nutritive proposé aux États-Unis versus le tableau actuel

Format US actuel 1er format US proposé 2e format US proposé
 Current US NFT US Proposed NFT 1  US Proposed NFT 2

Pour faire face à toutes ces modifications réglementaires et aux coûts associés, les manufacturiers de produits alimentaires auraient avantage à planifier la transition vers les nouvelles étiquettes. Dans un autre article, l’équipe d’Étiquetage ACC proposera quelques pistes de réflexion pour entreprendre stratégiquement la conversion des étiquettes. Inscrivez-vous à l’infolettre d’Étiquetage ACC ou suivez notre blogue pour en savoir davantage (http://acclabel.com/category/questions-reglementaires/).

 

Références

  1. IOM (Institute of Medicine), 2003. Dietary Reference Intakes: Guiding Principles for Nutrition Labeling and Fortification.
  2. IOM (Institute of Medicine), 2005. « Dietary Reference Intakes for water, potassium, sodium, chloride, and sulfate », National Academies Press, Washington, DC, Institute of Medicine of the National Academies.
  3. Santé Canada et Statistique Canada, 2009. « Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 2.2, Nutrition (2004), Apports nutritionnels provenant des aliments : tableaux sommaires provinciaux, régionaux et nationaux, volume 1 ».
  4. Santé Canada, 2014. Modifications proposées de Santé Canada aux exigences de présentation de l’information nutritionnelle et d’autres renseignements sur l’étiquette des aliments.
  5. Santé Canada, 2014. Modifications proposées de Santé Canada aux principaux nutriments déclarés dans le tableau canadien de la valeur nutritive.
  6. Santé Canada, 2014. Modifications proposées de Santé Canada aux valeurs quotidiennes (VQ) destinées à l’étiquetage.

[1]  IOM (Institute of Medicine), 2003. Dietary Reference Intakes: Guiding Principles for Nutrition Labeling and Fortification.

[2]  SANTÉ CANADA et STATISTIQUE CANADA. « Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, cycle 2.2, Nutrition (2004), Apports nutritionnels provenant des aliments : tableaux sommaires provinciaux, régionaux et nationaux », 2008, ministère de la Santé, Ottawa.

[3]  Institute of Medicine, Dietary Reference Intakes for water, potassium, sodium, chloride, and sulfate. 2005, Washington, DC: National Academies Press.

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